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May 29 PYLONES
J'ai découvert il y a peu la poésie des pylônes électriques le long des routes. L'incapacité qui est la nôtre à voir ce qui est sous nos yeux tous les jours dissimule à vrai dire davantage que nous ne le soupçonnons. Je ne parle pas ici de l'habitude, qui use les choses, les sentiments et même les êtres qui nous entourent, jusqu'à les rendre transparents, car ces choses, ces sentiments et ces êtres, nous les avons regardés, éprouvés, appréciés, aimés ou haïs au moins une fois avant qu'ils ne s'effacent peu à peu. Je parle de ces objets qui sont autour de nous et que nous n'avons même jamais regardés. Les pylônes entraient pour moi dans cette catégorie avant que le hasard ne me les montre dans toute leur diversité. Le pylône électrique est d'abord une construction complexe, dans laquelle s'enchevêtrent comme un entrelacs une multitude de petits éléments métalliques au bout desquels finissent par se tendre des fils. Le pylône n'est jamais seul. Il est au pire un élément d'une simple ligne qui court à travers le paysage. Mais il peut être aussi d'une exubérance torride, lorsqu'il se pose en bande organisée dans la périphérie des grandes métropoles urbaines. C'est d'ailleurs là que l'on peut véritablement en apprécier toute la majesté. Pylônes en treillis, pylônes à chaînette, pylônes tubulaires, ils constituent à l'entrée de nos villes des bataillons de géants préfigurant par leur géométrie complexe les structures modulaires des villes elles-mêmes. Nul doute que ces Goldoracks de banlieue, qui découpent l'espace en cellule aussi diverses que régulières, ne soient des allégories de la Structure à l'état pur. Comment ne pas mieux comprendre qu'en d'autres temps un chevalier à l'imagination fertile ait confondu des moulins à vent et des géants? C'est sans conteste ces géants là qui nous regardent avec mélancolie lorsque nous passons sans les voir sur les autoroutes de nos solitudes pressées. May 27 CIEL D'AUTOMNE CHARGE SUR CLAIRVAUXLa presse nous a récemment appris que le président de la République n'avait pas l'intention de soumettre au Parlement un projet de loi d'amnistie. Il est d'ailleurs curieux que le sujet n'ait été abordé qu'au regard des infractions au code de la route. Si l'on en croit les déclarations faites par le candidat durant la campagne, il est fort probable qu'il n'y ait pas davantage de décret de grâce collective à l'occasion du 14 juillet prochain. Cette situation constitue sans aucun doute une rupture par rapport à une pratique bien établie depuis l'élection de François Mitterrand à la présidence. Sans doute cette pratique était-elle critiquable à bien des égards. En premier lieu, elle entretient un sentiment d'impunité, d'autant plus grand que le quinquennat rapprocherait les coups d'éponge. Elle induit en outre une profonde inégalité entre les délinquants, selon la date à laquelle ils commettent leurs forfaits. Mais surtout ces mesures, par leur caractère collectif, interdisent tout aménagement individuel sérieux des fins de peine, surtout lorsque celles-ci sont courtes. Enfin, elles donnent une impression de laxisme dans la répression, tout à fait contraire à la volonté politique affirmée par le nouveau président. Ces inconvénients étaient naturellement connus des précédents présidents. Mais c'est en réalité par souci de pragmatisme que ces derniers avaient recours à ces mesures comme à des pis-aller. La machine répressive est en effet emballée depuis bien longtemps, ce qui a pour effet, essentiellement par l'allongement des peines, de conduire à une surpopulation carcérale d'autant plus forte que les constructions d'établissements pénitentiaires sont demeurées insuffisantes. La mise en tension du système pénal produite par la frénésie répressive que nous connaissons depuis des années était ainsi régulée par ces mesures collectives. En renonçant à celles-ci, le nouveau président revient incontestablement à une orthodoxie plus nette. Mais ce faisant, il prend un risque majeur d'explosion des établissements pénitentiaires. Ce risque est d'autant plus grand que la suppression de ces mesures collectives n'est accompagnée d'aucun signe de relance d'une politique d'application des peines individuelles plus dynamique. Nul doute dans ces conditions que l'été et l'automne seront particulièrement chauds dans les prisons, surtout dans les maisons centrales qui abritent les détenus condamnés aux plus longues peines. May 25 FEZSoudain, la voix du muezzin s’est élevée au-dessus de ce dédale de ruelles, de maisons et de jardins, une voix puissante, rauque, presque âcre, rythmée par la grandeur de Dieu. Puis elle s'est dupliquée à partir d'un autre point, puis d'un autre encore et encore, formant enfin comme une fugue vers l'infini du ciel. Plus rien n'existe que cet appel vigoureux et mâle qui enveloppe les corps et les âmes pour les inviter à la prière. L'indicible prend parfois des voies de traverse pour s'imposer lorsque l'on s'y attend le moins. |
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