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August 03 CECILIA OU LE TRIOMPHE DE JACK BAUER
Ainsi l'épouse du président de la République flanquée du secrétaire général de l'Élysée est-elle sortie victorieuse de la négociation avec le dictateur libyen qui retenait en otages quelques femmes, sous couvert d'une mascarade judiciaire. L'intérêt de la France dans cette opération apparaît pourtant de moins en moins évident au fil des doutes installés sur les contreparties de la libération de ces femmes. Là est sans doute le principal problème de cette épopée médiatique.
On ne peut toutefois passer comme affaire secondaire la forme prise par cette négociation. L'absence remarquée du ministre des affaires étrangères, les modalités du processus de décision tel qu'on peut le connaître, comme le plan de communication si proche de la propagande constituent des hypothèques lourdes pour le fonctionnement à venir de l'État. Dans la conférence de presse tenue le jour de la libération des infirmières, le président de la République a balayé l'objection avec mépris au regard du résultat obtenu. Le secrétaire général de l'Élysée quant à lui soulignait au journal de 20 heures l'importance dans la négociation de la proximité du négociateur français avec le président.
Dans l’éternel débat de la fin et des moyens, à l'instar du président des États-Unis, le président de la République a donc choisi de s'affranchir d'un certain nombre de règles dès lors que la finalité, dans l'appréciation de laquelle il est seul juge, le justifie. On ne peut s'empêcher de songer à l'accompagnement idéologique de la politique conduite par Georges Bush après le 11 septembre, et dont la série « 24 heures » constitue un fleuron : un agent de l'État, en lien direct avec le président des États-Unis, sauve le pays en s'affranchissant des règles les plus élémentaires de l'État de droit : meurtres, tortures, trafic de stupéfiants se trouvent ainsi légitimés par le « résultat », dont la « culture » n'est pas le moindre danger. On n'en est certes pas encore là, mais la pente est prise qui risque bien de conduire à plus d'une anomalie et à quelques dommages collatéraux.
Enfin, cette affaire pose de manière crue la question de la responsabilité politique dans la pratique du pouvoir personnel observée par le président de la République. Comment en effet rendre compte à la représentation nationale d'une action décidée, mais surtout conduite, par une personne insusceptible de rendre compte ? Le parlement a bien interrogé le ministre des affaires étrangères, ce qui n'a guère de sens puisqu'il est demeuré pour l'essentiel étranger à la négociation. Un pouvoir sans contrôle, ne trouvant de justification qu'en lui-même est donc installé dans notre pays, pour la première fois depuis bien longtemps.
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